Prince, Thomas (Tommy) George

Thomas George (Tommy) Prince est l’un des soldats autochtones les plus décorés du Canada, ayant reçu des médailles pour bravoure tant durant la Seconde Guerre mondiale que durant la Guerre de Corée.

Prince est né le 25 octobre 1915 dans une tente en toile à Petersfield, Manitoba. Il était l’un des onze enfants de Henry et Arabella Prince de la nation ojibwée de Brokenhead. Lorsqu’il avait cinq ans, sa famille est déménagée à la réserve Brokenhead située à Scanterbury, Manitoba. Son père lui apprit très jeune les rudiments de la chasse et du piégeage, lui transmettant ainsi les connaissances qu’il allait subséquemment développer en tant que soldat.

La situation financière de la famille l’a obligé à quitter le pensionnat d’Elkhorn après avoir complété sa 8e année. Il a par la suite gagné humblement sa vie durant les années difficiles de la Crise grâce au piégeage, en travaillant comme bûcheron et en acceptant des petits boulots.

Après avoir tenté à plusieurs reprises de s’enrôler dans l’armée canadienne (sans doute en raison de la discrimination généralisée dont étaient victimes les Autochtones à l’époque), Prince a finalement été accepté dans l’armée le 3 juin 1940. Dès 1943, il avait été promu au grade de sergent. Prince a fait partie d’un groupe sélect de soldats envoyés suivre une formation avec des soldats américains dans le but de constituer un groupe d’assaut spécialisé. Ils sont devenus la première Force d’opérations spéciales (FOS). Les hommes de la première FOS ont reçu une formation de parachutiste et de membre de troupes à ski, et ont appris les techniques de la manipulation d’explosifs et du combat main-à-main.

En novembre 1943, l’unité de Prince est envoyée en Italie. En février 1944, alors qu’il se trouvait près du front à Anzio, en Italie, Prince s’est porté volontaire pour installer une ligne de communication jusqu’à une maison de ferme abandonnée en territoire ennemi située à seulement 200 mètres d’un poste d’artillerie allemande. À partir de la maison, il rapportait tous les mouvements des troupes allemandes à l’aide d’un câble téléphonique mesurant 1400 mètres de long. Lorsque le câble fut endommagé par les tirs, Prince s’est déguisé en fermier italien et s’est rendu sur place pour réparer le câble (en faisant semblant d’attacher ses lacets de souliers) sous le regard même des Allemands. Il a passé trois journées entières derrière les lignes ennemies, communiquant les informations qui ont permis à ses troupes de détruire les quatre positions allemandes. Pour cet acte de bravoure exceptionnel, Prince a reçu la Médaille militaire des mains du roi George VI lors d’une cérémonie qui s’est déroulée au Palais de Buckingham le 12 février 1945. Le roi s’est entretenu avec Prince durant plusieurs minutes. – plus tard, ce moment allait devenir l’un des souvenirs les plus marquants de la vie du jeune soldat.

Quelques mois plus tard, soit en septembre 1944, il s’est vu décerner la Silver Star des États-Unis pour bravoure au cours d’une bataille près de L’Escarene, en France. Seulement 59 Canadiens reçurent cette médaille durant la Seconde Guerre mondiale. Au moment où s’est terminée la guerre, Prince avait été décoré à neuf reprises au total.

Peu après son retour à la vie civile, Prince devint le porte-parole de la Manitoba Indian Association. Malgré le fait qu’ils aient risqué leur vie pour leur pays, les soldats autochtones ont dû constamment lutter contre la discrimination à leur retour au Canada. Ils n’avaient pas le droit de voter aux élections fédérales et se voyaient refuser les droits et avantages accordés aux autres vétérans. Prince, qui avait mis sur pied un service de nettoyage après la guerre, en a confié la gestion à des amis pour lui permettre de se consacrer à la défense des droits des Autochtones en faisant pression et en travaillant avec le gouvernement. Il s’est battu pour obtenir l’amélioration des conditions de logement, de meilleures écoles, de l’aide financière pour se lancer en agriculture et en affaires, de meilleures routes sur les réserves et la protection des droits de chasse, de pêche et de piégeage. Malheureusement frustré de ses rapports avec le gouvernement fédéral, il est retourné à Winnipeg pour découvrir que le commerce qu’il avait confié à ses amis avait fait faillite. Il a alors trouvé de l’emploi dans des camps de bûcherons et une usine de béton afin de joindre les deux bouts.

En août 1950, Prince a de nouveau répondu à l’appel aux armes en s’enrôlant dans la Force spéciale de l’Armée canadienne ayant servi en Corée sous la bannière des Nations Unies. Pour les services qu’il a rendus lors de cette guerre, Prince s’est mérité la Médaille de Corée, la Médaille canadienne du service volontaire pour la Corée et la Médaille du Service des Nations Unis. Après la guerre, Prince est revenu au Canada mais est demeuré dans l’armée jusqu’en septembre 1954, alors qu’il fut démobilisé avec états de services honorables.

Le second retour de Tommy Prince à la vie civile a été difficile. L’arthrite aux genoux causé par les conditions pénibles dans lesquelles il a vécu tout au cours de son service militaire l’ont beaucoup fait souffrir. À cela s’est ajoutée la forte discrimination qui perdurait toujours à l’égard des peuples autochtones. Malheureusement, sa vie personnelle n’a fait que se détériorer au point où il fut contraint de passer les dernières années de sa vie dans un refuge de l’Armée du Salut. Il est mort en 1977 à l’hôpital Deer Lodge de Winnipeg, à l’âge de 62 ans. Plus de 500 personnes ont assisté à ses funérailles, y compris le lieutenant-gouverneur du Manitoba et les consuls de France, d’Italie et des États-Unis.

Toutefois, son sens de courage et du devoir accompli, ainsi que sa fierté d’être autochtone se perpétuent. Prince s’est vu obligé de vendre ses médailles de guerre durant les moments difficiles mais, après sa mort, son neveu a réussi à les racheter et elles ont été confiées au Musée du Manitoba. Des écoles et des bâtiments militaires, des rues, des monuments, ainsi que des prix et des bourses portent aujourd’hui son nom.

Lectures complémentaires

  • Laura Neilson Bonikowsky. “Tommy Prince” in The Canadian Encyclopedia. Consulté le 19 févr. 2016.
  • Historica Canada. Minutes du patrimoine : Tommy Prince [vidéo]. Consulté le 19 févr. 2016.
  • John Moses, with Donald Graves and Warren Sinclair. A Sketch Account of Aboriginal Peoples in the Canadian Military. [Ottawa]: National Defence, 2004. Consulté le 19 févr. 2016.
  • Jean Sikabewis. “Unforgettable warrior: Prince” in Anishinabek News, Vol. 5, no. 12, Dec.1993, p. 11. Consulté le 19 févr. 2016.
Notice biographique
Nom et prénom Prince, Thomas (Tommy) George
Nation Ojibwa
Nom de bande Brokenhead Band
Lieu de bande Scanterbury, MB
Date de décès 1977-11-25
Conflit WWII, Korea
Unité du CEC FSSF MM, Korea PPCLI
Grade militaire Lance Corporal
Date d’inscription 1940-06-01
Âge au moment de l’inscription 24
Décorations décernées (MM), Silver Star (USA)
Notes sur la décoration Prince was one of only 59 Canadians to earn the Silver Star during WWII. Cf. https://www.veterans.gc.ca/public/pages/remembrance/those-who-served/aboriginal-veterans/native-soldiers/natives_e.pdf
Identificateur 8434