Saulis, Robert

Les Winnipeg Rifles ont été organisés en 1883. Il est plutôt étonnant que le même régiment qui a joué un rôle de premier plan dans l’écrasement de la rébellion de Louis Riel en 1885 ait attiré dans ses rangs un descendant du chef rebelle quelque 30 ans plus tard. En effet, Patrick (Paddy) Riel compte parmi les premiers Métis à s’enrôler au début de la Première Guerre mondiale. Lorsqu’il s’est enrôlé dans les 90th Winnipeg Rifles, un de ses officiers lui a rappelé que son régiment avait livré bataille contre son oncle à Fish Creek et Batoche, mais Riel n’a attaché que très peu d’importance à cette plaisanterie du sort.

Selon ses propres dires au moment de signer sa feuille d’engagement le 27 août 1914 à Valcartier, Québec, Riel serait né à Chelsea, Québec, le 17 mars 1876. Son numéro de régiment était 1295. Veuf, son plus proche parent s’appelait Catherine Riel (sans doute sa fille) qui résidait alors à Maniwaki, Québec. On connaît peu de choses de son passé. Pour une raison inconnue, on lui confère parfois le nom de Louis-Philippe Riel. La marque de Patrick Riel apparaît au bas de sa feuille d’engagement et laisse entendre qu’il était incapable de signer son nom. Avant la guerre, il demeurait à Port Arthur (district de Thunder Bay) et travaillait comme contremaître d’un camp de bûcherons sur la rivière Kaministiquia.

Riel a servi avec le 8e Bataillon des 90th Winnipeg Rifles, un bataillon d’infanterie de la FEC. Autorisé le 10 août 1914, ce bataillon, qui est parfois surnommé les « Little Black Devils », a recruté des hommes à Brandon et Winnipeg au Manitoba, et à Kenora et Port Arthur en Ontario avant de les mobiliser à Valcartier. Le 1er octobre 1914, le bataillon s’est s’embarqué pour la Grande-Bretagne où, aussitôt arrivé, il entreprit son entraînement. En février, il s’embarqua pour la France où il s’est battu au sein de la 2e Brigade d’infanterie, 1re Division canadienne, tant en France qu’en Flandres jusqu’à mort.

Durant son service, Riel était équipé d’un fusil Ross adapté à ses besoins personnels (une bonne partie du moulage en bois sous le canon avait été supprimée) en plus d’être muni d’un viseur télescopique. Il travaillait le jour car l’utilisation d’un viseur télescopique nécessitait une bonne lumière.

Riel était reconnu comme l’un des quelque huit meilleurs tireurs d’élite du Canada pendant la Grande Guerre. Les tireurs autochtones enregistraient leurs prouesses en ajoutant une encoche sur leur fusil pour chaque tir réussi. Trois tireurs d’élite autochtones au sein du 8e Bataillon, Ballantyne, un Indien de l’Ouest, McDonald, un Iroquois, et Riel, comptaient respectivement 58, 40 et 30 (38 selon certaines sources) encoches sur la crosse de leur fusil.

Dans des lettres envoyées à des amis en Angleterre par son compagnon de tranchée, il est mentionné que Riel faisait preuve d’indifférence lorsqu’il abattait des soldats allemands dans les tranchées. Son premier souci consistait à localiser les tireurs allemands et à les descendre. Sa vision et son habileté au tir étaient à ce point excellents que l’on raconte qu’à la fin du mois d’avril 1915, il aurait tué deux tireurs allemands en moins de cinq minutes, et ce, à une distance d’environ 700 mètres. Ses officiers qui ont remarqué l’’incident l’ont dûment signalé dans leurs dépêches. Cette nuit-là, ils ont cherché Riel mais ils n’ont pas pu le trouver car il avait participé à un raid avec les Munster Fusiliers. Le lendemain matin, il s’est présenté à son bataillon et a fièrement fait était de cinq nouvelles encoches sur son fusil.

L’inscription gravée sur une plaque d’argent posée sur la crosse de son fusil - lequel avait été exposé dans la vitrine de la British Columbia Building à Londres dès janvier 1917 et constitue aujourd’hui encore un trésor précieux appartenant au Mess des officiers de son régiment - se lit comme suit :

Ce fusil a été utilisé par le tireur d’élite no 1295, le soldat P. Riel (neveu de Louis Riel, de la rébellion Riel), 8e Bataillon (90th Rifles), 1re Division canadienne (BEF). Avec ce fusil, il a abattu 30 Allemands entre mars 1915 et le 15 janvier 1916, lorsqu’il a été tué par un obus dans la ferme d’Anton, France, 128, près de Messines.

Lectures complémentaires

  • Bibliothèque et Archives Canada. Soldats de la Première Guerre mondiale : 1914-1918. Document d’attestation de Riel. Consulté le 7 mars 2016
Notice biographique
Nom et prénom Saulis, Robert
Nation Maliseet
Nom de bande Saint Mary's First Nation
Lieu de bande NB
Conflit WWII
Identificateur 7710