Greyeyes, Mary

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Mary Greyeyes-Reid fut la première femme des Premières Nations à s’engager et à servir dans le Service féminin de l’Armée canadienne (Canadian Women’s Army Corps - CWAC) durant la Seconde Guerre mondiale. Née en 1920, elle était membre de la nation crie de Muskeg Lake située tout juste au nord de Saskatoon, Saskatchewan.

Issue d’une grosse famille, Mary comptait quatre frères et six sœurs. Alors qu’elle était enfant, elle fut élevée par Sarah Greyeyes, sa grand-mère devenue veuve. À l’âge de cinq ans, elle fut envoyée au St. Michael’s School de Duck Lake, laquelle école faisait partie du système des pensionnats indiens en Saskatchewan. Comme la formation offerte dans ces écoles se limitait à une 8e année et que Mary avait soif d’apprendre, une religieuse a été chargée de dispenser des cours du soir à Mary et à deux autres filles. Durant la journée, les plus âgées des filles contribuaient à l’entretien de l’école en s’occupant des repas, de la lessive, du ménage et des travaux de couture.

Mary avait neuf ans lorsque la crise économique frappa durement la réserve de la nation crie. Il n’est alors pas surprenant de constater que cette réserve ait affiché le plus haut taux d’enrôlement au cours de la Seconde Guerre mondiale. Son frère aîné David George Greyeyes-Steele, avec qui elle était la plus proche en âge et la plus liée, avait quitté la réserve pour trouver du travail afin de pouvoir aider financièrement leur mère et, dès 1940, il s’était engagé dans le Saskatoon Light Infantry. Puisque la réserve offrait peu de débouchés, Mary a décidé de suivre l’exemple de son frère en s’enrôlant dans l’armée. Son fils Stephen allait plus tard déclaré que sa mère « considérait que l’armée lui offrirait l’occasion d’apprendre et d’élargir ses connaissances ». En réponse à une lettre écrite au ministère de la Guerre, on lui demanda peu après de se présenter à Regina pour se soumettre à un test. L’Armée canadienne commençait tout juste à recruter des femmes et la candidature de chacune des vingt-deux filles ayant passé avant elle dans le bureau de recrutement avaient été rejetée. Avec son instruction plutôt limitée, elle éprouvait donc une certaine appréhension. Mais Mary a passé le test avec brio, devenant ainsi la première Autochtone à se joindre au nouveau Service féminin de l’Armée canadienne.

Ce Service était une branche de l’Armée canadienne réservée à des non-combattantes. Créé officiellement le 30 juillet 1941, il visait à combler le vide laissé au sein du personnel suite à la hausse des effectifs dans les forces armées canadiennes. Au total, le Service a recruté 21,624 Canadiennes et de celles-ci, environ 3,000 ont servi leur pays outre-mer. Joan Kennedy de Victoria, Colombie-Britannique, fut la force motrice derrière la création de cette unité. Au départ, elle a dû faire face à une opposition farouche de la part des autorités militaires (mâles) traditionalistes. Un des officiers haut gradés s’est même moqué ouvertement d’une telle idée qu’il qualifiait « d’armée en jupon ». Mais le 13 mars 1942, les premières bénévoles étaient recrutées dans le CWAC et elles étaient soumises à la même discipline militaire que dans l’Armée canadienne.

Comme certaines vieilles mentalités ont la vie dure, la ségrégation sexiste est demeurée explicite. Les femmes ne gagnaient encore que 67 % du salaire des hommes pour des tâches équivalentes (ce pourcentage a atteint 80 % en 1945). Néanmoins, c’était un pas en avant. Les nouvelles recrues étaient envoyées dans des camps situés à Kitchener, Ontario, et à Vermilion, Alberta, où elles suivaient un programme d’entraînement de base conçu pour développer leur forme physique et la discipline. Puisque les femmes une fois formées ne participaient pas aux combats, elles étaient employées comme secrétaires, commis, cantinières, chauffeures, téléphonistes ou messagères. Plusieurs d’entre elles étaient aussi affectées à d’autres tâches comme la mécanique, la cuisine, la buanderie, etc. Dès décembre 1943, il y avait trois compagnies du CWAC postées à Londres plus une autre à Aldershot, Angleterre. Malgré le désir de plusieurs de ces femmes de demeurer dans les forces armées après la guerre, les autorités ont estimé que les services rendus par ces femmes n’étaient plus indispensables en temps de paix. Le CWAC fut donc démobilisé le 30 septembre 1946.

Après son enrôlement, Mary a probablement suivi sa formation au camp militaire de Vermilion, en Alberta. Comme elle n’a pas été acceptée d’emblée par les femmes blanches dans leurs casernes, elle fut contrainte de loger ailleurs. Vers la fin de juin 1942, sa sergente et deux agents de la GRC se sont présentés à sa maison de chambres et lui ont dit que, si elle voulait bien les accompagner pour qu’on la prenne en photo, ils lui offriraient un nouvel uniforme et un excellent repas. Elle a accepté et ils l’ont conduite à la réserve Piapot située au nord-est de Regina. Une fois rendue, elle s’est agenouillée dans l’herbe devant le conseiller (et futur chef) de bande Harry Ball, un ancien combattant de la Première Grande guerre, pour qu’on prenne sa photo. Cette photo devenue emblématique avait pour but de mousser le recrutement des femmes, et en particulier les femmes non-autochtones, dans les forces armées. À l’époque, elle était censée représenter une princesse indienne recevant la bénédiction de son père, le chef de sa tribu, alors que dans les faits, les deux ne s’étaient jamais rencontrés.

Aujourd’hui, la légende sous cette photo légendaire se lit comme suit : « Soldat Mary Greyeyes, une Crie de Muskeg Lake, nation crie, Service féminin de l’Armée canadienne. » (Source : Bibliothèque et Archives Canada [PA-129070])

Plus récemment, sa belle-fille et professeure à l’Université Capilano, Melanie Fahlman Reid, a découvert la véritable histoire de cette photo fallacieuse. Elle a publié son histoire dans The Tyee (7 août 2012). Elle y raconte comment l’ancien combattant et conseiller Harry Ball a accepté de participer à cette mise en scène pour un billet de 20 dollars. Divers vêtements et accessoires avaient été rassemblés par les agents de la GRC dans les maisons du voisinage pour que Ball puisse avoir l’apparence d’un grand chef amérindien ou de quelqu’un d’important. En fin de compte, la photo est devenue célèbre à travers le Canada après avoir été d’abord publiée dans le Regina Leader-Post, puis peu après diffusée à travers tout l’empire britannique. Plusieurs années se sont écoulées avant que Mme Reid ne parvienne à convaincre BAC d’inclure le nom de Mary Greyeses dans la légende sous la photo.

Peu après cette aventure, Mary fut envoyée outre-mer et postée à Aldershot où elle a d’abord travaillé à la buanderie, une tâche qu’elle détestait. Lorsqu’elle a demandé un transfert à sa sergente, celle-ci a noté sur ses documents : « Ne parle pas anglais ». Mais elle fut quand même éventuellement transférée au quartier-général de Londres où elle fut engagée comme cuisinière. Là, elle était connue sous le sobriquet « l’Indienne ». Mais tout n’était pas si mauvais. En tant que l’une des rares Amérindiennes en service dans la région, sa photo apparaissait souvent dans les journaux et elle était invitée à des événements où il fallait faire preuve de diversité. C’est ainsi qu’un jour, elle fut présentée au roi George VI, à la reine mère et à la princesse Élizabeth qui allait succéder à son père en 1952. Mary est demeurée à Londres jusqu’en 1946, cuisinant pour les officiers qui devaient compléter toute la paperasse mettant fin à la guerre. Plus tard, elle a déclaré que ces années comptaient parmi les plus belles de sa vie.

Après sa démobilisation de l’armée, elle est retournée à Muskeg Lake où elle a vécu quelque temps avec sa grand-mère Sarah. Par la suite, elle s’est rendue à Winnipeg où elle a fait la rencontre de son futur époux Alexander Reid, connu de tous sous le nom de Bud. Puis le couple s’est installée à Victoria où ils ont entamé une nouvelle vie et élevé deux enfants, Stephen et Stephanie. Mary a connu quelques années de vache maigre à Victoria mais sa détermination, son dur labeur et son abnégation lui ont permis de passer au travers. Elle a travaillé comme cuisinière au McEwan’s Restaurant où elle est devenue une employée très estimée de tous en raison de ses compétences et de son dévouement.

En 1960, la famille est déménagée à Vancouver et leur qualité de vie s’est améliorée. En 1966, ils ont acheté une maison sur la rue Commercial. Mary, dont la vie était centrée sur sa famille, y a vécu pendant 36 années. Elle y a reçu à diner des milliers de fois et, dans ses temps libres, elle aimait faire de la couture, tricoter et jardiner. Elle a également trouvé un emploi dans l’industrie textile au centre-ville de Vancouver. Après la mort de son conjoint en 1989, elle a continué seule mais des signes de démence ont éventuellement fait leur apparition. En 2002, elle est déménagée au Haro Park Center où le personnel s’est bien occupé d’elle. C’est là que Mary Greyeyes-Reid est morte le 31 mars 2011 à l’âge de 90 ans. Elle est inhumée sur la réserve de la nation crie de Muskeg Lake, aux côtés de Bud, et tout près de sa grand-mère bien-aimée Sarah et de son frère Dave.

Mary Greyeyes et son frère Dave. Source

Lectures complémentaires

Notice biographique
Nom et prénom Greyeyes, Mary
Aussi connu comme Reid, Mary
Nation Cree
Nom de bande Muskeg Lake Cree Nation
Lieu de bande SK
Sexe Female
Date de naissance 1920-11-14
Lieu de naissance Muskeg Lake Cree Nation, SK
Date de décès 2011-03-31
Notes biographiques Mary Greyeyes was posted overseas to the Aldershot Base Laundry as a cook. Cf. "Invisible women" by Grace Poulin, p. 35, Greyeyes appeared in the National Film Board documentary: Forgotten Warriors. https://www.nfb.ca/film/forgotten_warriors, Mary was born on the Muskeg Lake Cree Nation, and raised by her widowed grandmother, Sarah Greyeyes. To Mary, she was "Mom". When she was five she was put into the residential school system at St. Michael’s School in Duck Lake SK. She was hungry for learning. After grade 8, when the native schools stopped teaching their students, a nun was tasked with giving lessons in the evenings to Mary and two other girls. During the days the older girls helped run the school - cooking, doing laundry, cleaning and sewing. Mary was nine when the Great Depression struck, and the reserve was hard hit. Her brother Dave, with whom she was closest in age and in heart, left to find work so he could send money back to their mother. Dave also joined the Army when the war started. Mary worried that there were few opportunities on the reserve, and decided to join the Army too. She ended up being the first native woman to join the Canadian Women’s Army Corps, and was sent to England. She worked in Aldershot first as a laundress and then as a cook, staying on until 1946 cooking for the officers as the paperwork was processed to end the war. After spending time with her mother on the reserve, she travelled to Winnipeg, where she met her future husband Alexander Reid, known to all as Bud. They moved to Victoria to start their new life, where Stephen and Stephanie were born. Mary went through some very lean years in Victoria, which she got through with determination, hard work and self-sacrifice. Her children never realised until they were adults how much Mary sacrificed for them. She worked as a cook at McEwan’s Restaurant, where her skills and work ethic made her a valued employee. In 1960 the family moved to Vancouver, and life improved. Since moving west they had changed houses every few years, but in 1966 they bought a house on Commercial Street, where Mary lived for 36 years. Mary’s life revolved around her family, and after her children left home she hosted thousands of dinners, on Sundays, birthdays, holidays and hosting visiting relatives. She worked as an industrial seamstress in downtown Vancouver. In 1989 Bud, the love of her life, died. She carried on, keeping herself busy with sewing, knitting and gardening and her cats, but eventually dementia began creeping up on her. In 2002 she moved to Haro Park Centre, where the staff took great care of her. Although the disease stole her memories, her mobility and voice, she remained cheerful and sweet. Cf Obituary http://www.obitsforlife.com/obituary/328397/Reid-Mary.php
Conflit WWII
Unité du CEC C.W.A.C. (Europe)
Grade militaire Private
Date d’inscription 1942-01-01
Décédé à l’âge de 90
Lieu d’enterrement Bud on the Muskeg Lake Cree Nation Reserve, SK
Autres liens https://en.wikipedia.org/wiki/Mary_Greyeyes
Photo http://ww2db.com/person_bio.php?person_id=889
Identificateur 6561