Miller, Marion

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Près de 4,000 membres des Premières Nations, dont 72 femmes, ont servi dans l’Armée canadienne durant la Seconde Guerre mondiale. Pas tous ne se sont retrouvés sur les champs de bataille outre-mer et relativement peu d’entre eux se sont vus décerner des médailles. Trop souvent, leurs faits et gestes quotidiens ont laissé peu de traces dans nos archives historiques. Et ceci est particulièrement vrai pour ces 72 femmes. Mais leurs contributions à l’effort de guerre demeurent néanmoins déterminantes pour le succès de notre cause. Voici l’histoire de l’une de ces jeunes adolescentes autochtones qui s’est enrôlée en 1944.

Marion Miller Hill est née et a grandi sur la réserve des Six Nations située près de Brantford, Ontario. Elle était la fille de Norman et de Lena (Martin) Miller. Nous disposons de peu de détails sur sa famille et son enfance.

Marion a tenté de s’enrôler une première fois en 1943. Elle a raconté qu’elle revenait du Buffalo une fin de semaine et, en remarquant un bureau de recrutement tout près de chez elle, elle a aussitôt décidé de s’engager. Mais, comme elle n’avait que 17 ans à l’époque, on lui a demandé d’attendre encore un an. C’est ainsi qu’en 1944, elle s’est présentée de nouveau au bureau de recrutement de Brantford et a réussi à s’enrôler comme soldate dans le Service féminin de l’Armée canadienne (Canadian Women’s Army Corps). Quelque 66 années plus tard, elle se souvenait encore en riant du mécontentement de ses parents en apprenant qu’elle s’était enrôlée : « Ils n’ont pas apprécié l’idée de me voir voyager et m’éloigner de chez moi. Mon père n’était pas très enthousiaste. »

À travers tout le Canada, les femmes s’enrôlaient pour de nombreuses raisons : le sens du devoir, pour bénéficier d’une formation plus poussée, pour l’aventure ou encore la stabilité financière. Marion s’est engagée parce qu’elle croyait que ce serait une belle expérience à vivre. Elle a reçu l’ordre de se rendre à Toronto pour passer un examen médical avant d’être envoyée à Kitchener, Ontario, pour sa formation de base.

La formation de base s’avérait difficile pour la majorité des femmes. Il y avait des règles très strictes pour la tenue vestimentaire, il fallait des autorisations pour quitter la base, il y avait des heures de couvre-feu, les parades matinales surtout durant la période hivernale étaient particulièrement difficiles, les conditions d’hébergement sur la base laissaient à désirer, etc. Plusieurs recrues se plaignaient de la dureté des conditions. Quant à Marion, elle n’a pas éprouvé trop de difficulté à se plier aux règlements. Avant de s’engager dans l’armée, elle avait travaillé sur une ferme de culture de tabac sur la réserve. Elle était donc habituée au dur labeur d’une ferme où elle s’occupait du bétail, coupait du bois et accomplissait toutes sortes d’autres tâches.

Au départ, l’armée ne proposait l’apprentissage que de neuf métiers aux femmes mais, vers la fin de la guerre, elles pouvaient choisir entre 50 métiers ou occupations. Les femmes pouvaient dorénavant acquérir des compétences dans des domaines réservés jusque-là aux hommes. Et Marion voulait quelque chose de différent. Elle voulait devenir chauffeure parce qu’elle se considérait comme une « fille de plein air ». Dans une entrevue accordée plusieurs années après à Grace Poulain, l’auteure de « Invisible women : Aboriginal servicewomen in Canada's Second World War military », elle a déclaré :

Vous disiez à l’armée ce que vous vouliez faire et ils vous faisaient passer un test pour déterminer si vous étiez qualifiée. Une officière souhaitait que je devienne officière, mais moi, je voulais devenir chauffeure. Elle m’a répondu que j’étais trop petite. Le règlement exigeait au moins 5 pieds, 5 pouces alors que je ne mesurais que 5 pieds, 3 pouces. L’officière a financement consenti à ma demande. J’ai conduit des camions, des jeeps, des véhicules du personnel militaire et des voitures de type familial. Je devais changer des pneus et effectuer moi-même l’entretien hebdomadaire, et je ne pesais que 113 livres depuis le début jusqu’à la fin de mon service militaire.

Après son entrainement de base à Kitchener, elle fut envoyée à Woodstock, Ontario, pour suivre un cours de conduite avant d’être basée à Halifax, Nouvelle-Écosse, où elle a complété le reste de ses deux ans de service. Lorsqu’elle se remémorait ces années, Marion s’empressait toujours d’identifier la « discipline » comme étant la chose la plus importante qu’elle ait apprise. Elle aimait voyager et rencontrer beaucoup de gens différents qui venaient de partout au Canada.

Grace Poulin a également constaté que les femmes ne gagnaient que les deux tiers du salaire versé aux hommes. « On estimait qu’il fallait deux femmes pour accomplir une tâche qui ne nécessiterait qu’un seul homme » déclare-t-elle. Interrogée par Poulin sur le genre de divertissement qu’elle pouvait se permettre avec des ressources financières aussi maigres, Marion a répondu qu’elle et une de ses bonnes amies allaient voir des parties de baseball et de hockey ou qu’elles visitaient la ville lors de leurs congés. Il s’agissait là d’activités simples et peu couteuses. Elle aimait aussi se rendre à des danses au Service Club ainsi qu’au Young Women’s Christian Association (YMCA). Il y avait peu de consommation d’alcool. Il existait des endroits où les « filles de l’armée » n’étaient pas admises, mais la police militaire leur permettait parfois d’entrer quand même.

Après leur démobilisation, peu d’anciennes combattantes autochtones ont pu profiter de programmes de compensation, mais l’armée les aidait souvent à trouver de l’emploi. Dans le cas de Marion, elle a pu suivre un cours de couture de six mois donné à Hamilton, Ontario, aux frais du ministère des Affaires indiennes. Et en 2003, après avoir remarqué une publicité dans le « Legion Magazine », elle a envoyé une demande et a obtenu un programme de compensation supplémentaire du gouvernement fédéral en guise d’indemnisation pour ses pertes subies après la guerre. Elle s’est dite heureuse du montant reçu car celui-ci lui a permis de finir de payer pour sa maison et de pouvoir la transmettre à sa famille. Marion comptait parmi les plus chanceuses car beaucoup d’anciennes combattantes autochtones n’ont jamais pu bénéficier d’un tel programme.

Après la guerre, Marion a épousé Clifford J. Hill qui est décédé avant elle. Le couple a eu huit enfants : Audrey (Snooks), Barb and Wayne, Margaret, Doug (Hicks), Ally, Clifford fils, et Stuart. Marion a continué de s’impliquer activement dans diverses activités liées aux anciens combattants, et a toujours assisté avec plaisir aux cérémonies du jour du Souvenir en compagnie de ses amies, ainsi qu’à d’autres parades et retrouvailles organisées par la Légion. Pendant de nombreuses années, elle fut membre de la South Brant Legion de Brantford, y occupant même la présidence durant une dizaine d’années. Elle fut également membre de la Hamilton Ladies Auxiliary (maintenant dissoute) pendant 10 ans et de la Légion royale canadienne pendant 50 ans. Elle fut aussi conservatrice pendant 30 ans de Her Majesty’s Royal Chapel of the Mohawks. Désignée autrefois sous l’appellation St Paul’s, cette chapelle fut la première église protestante du Haut-Canada. Elle est aujourd’hui la plus vieille église de l’Ontario et l’une des seules deux chapelles royales en Amérique du Nord, et la seule située sur un territoire appartenant aux Premières Nations. Enfin, Marion était un membre actif du Silver Fox Club et est toujours demeurée une passionnée de sports.

Jusqu’à la fin de sa vie, elle a continué d’encourager les jeunes femmes autochtones à s’enrôler dans l’armée : « C’est éducatif, on y apprend comment prendre soin de soi, c’est très utile » disait-elle, ajoutant que si c’était à refaire, elle n’hésiterait pas. Le 7 juin 2014, dans sa maison située sur la réserve des Six Nations, Marion Miller Hill est décédée paisiblement, entourée de sa famille. Elle avait 87 ans. Elle est inhumée dans le cimetière Stumphall de la réserve.

Lectures complémentaires

Notice biographique
Nom et prénom Miller, Marion
Aussi connu comme Hill, Mariion (Married name)
Nation Six Nations
Nom de bande Lower Mohawk Band
Lieu de bande Six Nations Grand River, ON
Sexe F
Date de naissance 1926-01-01
Lieu de naissance Six Nations, ON
Conflit WWII
Date d’inscription 1944-01-01
Lieu d’inscription Brantford, ON
Autres liens http://www.mediaindigena.com/martha-troian/issues-and-politics/marion-miller-hill-memories-of-a-wwii-aboriginal-servicewoman
Photo http://www.mediaindigena.com/martha-troian/issues-and-politics/marion-miller-hill-memories-of-a-wwii-aboriginal-servicewoman, http://rclbr50.ca/News/Item.asp?T=14&S=&pg=35&NID=1221834400
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