Byce, Charles Henry

Charles Henry Byce à l’âge de 24 ans. Source

Charles Henry (Charlie) Byce est l’un des rares Canadiens et le seul membre de son régiment ayant reçu à la fois la Médaille militaire (M.M.) pour bravoure et la Médaille de Conduite distinguée (D.C.M.), la deuxième décoration en importance après la Croix Victoria. Son père, Henry (Harry) Byce, un ancien combattant de la Première Guerre mondiale, s’était vu lui aussi attribuer la D.C.M. et la Médaille militaire de la France. Cette dernière était l’équivalent de la M.M. et la deuxième plus haute distinction pour bravoure décernée en France. Cet exploit leur a valu une place unique dans l’histoire canadienne car ils constituent le seul duo père-fils à s’être mérité ces deux mêmes honneurs au cours de deux grandes guerres. Aujourd’hui, les médailles des deux hommes sont exposées au Musée canadien de la guerre à Ottawa.

Charles Byce est né le 8 mars 1916 à Chapleau, au nord-est de l’Ontario. Il était le fils de Louisa Saylors, une Crie de Moose Factory, Ontario, et de Henry Byce, un Blanc de Westmeath. Après avoir surmonté les injustices et les abus du système des pensionnats indiens de sa région, il a dû se battre pour s’enrôler dans l’Armée canadienne en raison de sa petite taille (il mesurait 1,67 mètre et pesait 57 kg). Vers 1940, Charlie Byce a finalement réussi à joindre les rangs du Lake Superior Regiment (LSR) ou « Lake Sups », aujourd’hui connu sous le nom de Lake Superior Scottish Regiment. Il allait par la suite vivre un parcours remarquable.

Son régiment fut mobilisé le 24 mai 1940 sous le nom de Lake Superior Regiment, CASF, et le camp d’entraînement se trouvait à Borden, en Ontario. Puis, pendant un certain temps, le LSR a assuré la défense de Saint-Jean, Nouveau-Brunswick. Un détachement spécial du LSR appelé la « Q Force » s’est même entraîné pour une attaque sur les îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon. Le 26 janvier 1942, le Régiment devint le Lake Superior Regiment (motorisé) et reçu une flotte de véhicules de transport tout usage (« Universal Carriers »). Un nouvel entraînement retarda leur départ pour l’Europe mais, lorsque le régiment s’est finalement embarqué pour l’Angleterre le 22 août 1942, il disposait du plus grand nombre de véhicules de combat et d’armes à fort impact que n’importe quelle autre unité d’infanterie dans l’histoire canadienne. Le 20 juillet 1944, le LSR (motorisé), qui faisait alors partie de la 4e Brigade armée, a débarqué en Normandie, France, et s’est immédiatement engagé dans la mission difficile de repousser et d’encercler les troupes allemandes en France. Durant les dix prochains mois, le LSR (motorisé) a combattu en France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne. Au total, le régiment a subi 775 pertes dont 199 morts. Pour leur bravoure, les hommes du LSR (motorisé) ont reçu 71 décorations, 2 desquelles ont été décernées à Charlie Byce.

Byce a gagné sa première décoration pour bravoure, la M.M., aux Pays-Bas en janvier 1945. À cette époque, les Alliés avaient établi leurs positions en France et en Belgique et, un mois plus tard, ils allaient lancer l'offensive finale de la traversée du Rhin pour envahir l'Allemagne. Avant l'aube du 21 janvier, le caporal suppléant Byce et 23 autres membres du Lake Sups partirent en chaloupe à rames pour traverser la rivière Maas. Leur mission consistait à s'infiltrer derrière les lignes ennemies et à ramener des prisonniers allemands afin d’obtenir de l’information sur les unités ennemies. Byce dirigeait une équipe de cinq hommes chargée de protéger le groupe de reconnaissance. Peu après leur accostage en territoire ennemi, le groupe de reconnaissance a subi le tir de trois positions allemandes. Byce lui-même localisa deux d'entre elles et les réduisit au silence avec des grenades. Il a également réussi à obtenir des renseignements d'un prisonnier allemand avant de repartir. L'histoire officielle du régiment fait état de ce qui arriva par la suite :

Les fusées rouges et jaunes se mirent alors à strier le ciel, et les mitrailleuses et les mortiers légers de l'ennemi entrèrent en action. ... Pendant que les patrouilleurs couraient le long de la digue, plusieurs grenades explosèrent dans l'air. Heureusement, elles ne firent pas de dégâts ... mais elles permirent de révéler la présence de deux autres soldats ennemis. Encore une fois le caporal Byce prit l'initiative. Il chargea l'abri allemand et y lança une grenade de calibre 36.

La patrouille s’est échappée saine et sauve et, par la suite, Byce devint l'un des quelque 1 200 Canadiens qui se méritèrent la M.M. Dans la citation, le caporal fut loué pour son « sang-froid » et son « dévouement » et on lui attribua le mérite du succès de la mission.

Environ six semaines plus tard, Byce devint l'un de seulement 162 Canadiens à recevoir la D.C.M. au cours de la Seconde Guerre mondiale. La campagne du Rhin était bien engagée, mais les défenses ennemies bloquaient encore la route des Alliés vers l’Allemagne. C'était la dernière ligne de défense importante de l'ennemi et elle n'allait pas céder facilement. Les contre-attaques furent violentes et nombreuses. Le 2 mars 1945, le Lake Sups engagea le combat le plus difficile de l’histoire du régiment. À 4 heures du matin, le sergent suppléant Byce et le reste de la compagnie C partirent en vue d'occuper un groupe de bâtiments au sud de la forêt d'Hochwald. Dès 6 heures, ils avaient atteint leur objectif, mais les premières lueurs du matin avaient révélé leur position à l'ennemi. La compagnie C fut bombardée par des obus et des mortiers qui détruisirent tous les chars d'assaut et le nombre des victimes grimpa rapidement. Tous les officiers, y compris le commandant de la compagnie, furent du nombre. Le sergent Byce se retrouvait ainsi à la tête de sa compagnie. Pendant ce temps, quatre chars d'assaut ennemis faisaient leur approche. Byce détruit lui-même un char Tigre à l’aide d’un canon antichar et dirigea le feu contre l’infanterie allemande qui suivait le char. Mais il ne lui restait plus de munitions antichars lorsque d’autres chars Tigre sont apparus. L'histoire régimentaire décrit ce qui arriva ensuite :

Dans la confusion et le désordre général, l'ennemi s'approchait de la position de la compagnie C. Avec acharnement, le Lake Sups tint bon, le périmètre de leurs défenses se rétrécissait et leur corridor pour retourner à l'arrière devenait de plus en plus étroit. ... Avec férocité et courage, [le sergent] Byce, qui commandait maintenant les restes de la compagnie C, combattit aussi longtemps qu'il put; puis réunissant les quelques hommes qui restaient, il se fraya un chemin à travers le sentier de retour criblé de balles.

Il était 15 heures lorsque Byce ordonna la retraite de ses hommes. Il demeura derrière son groupe, tirant sur l'infanterie ennemie pour protéger la retraite de sa compagnie et l’évacuation des blessés. Il a réussi à tuer 18 soldats allemand et à sauver plus d’une douzaine d’hommes de ses camarades de compagnie dont son meilleur ami, Francis « Popeye » Richard. Suite à ses actions, Byce est rapidement devenu une figure de légende au sein de son régiment. Encore une fois, sa citation était impressionnante :

Le magnifique courage et l'esprit combatif de ce sous-officier face à des forces supérieures dépassent toute louange. Sa brave résistance, sans armes adéquates et avec une poignée d'hommes dans une situation désespérée restera, pour toujours, un excellent exemple pour les hommes de tous les grades du régiment.

Byce et le Lake Sups avaient réussi à avancer jusqu'en Allemagne lorsque la guerre en Europe prit fin le 8 mai 1945. Il fut envoyé en Angleterre le mois suivant et revint au Canada en septembre 1945.

En 1941, Charlie Byce avait épousé Frances Antoinette DeGrasse à Saint-John, Nouveau-Brunswick. Le couple a eu au moins 7 enfants : Maureen (née à Saint-Jean, 1942), Charles Francis (né 1946), Katherine Ann (née 1948), Richard Gerald (né 1949), Janice Marie (née 1951), David Henry (né 1953) et Neil Gordon (né 1957). À l’exception de Maureen, tous ses enfants sont nés à Espanola, en Ontario, où Charlie avait trouvé de l’emploi dans un moulin à papier après la guerre. Il est dit que Charlie n’évoquait jamais ses aventures d’outre-mer durant la guerre. Il est décédé le 30 novembre 1994 à Newmarket, Ontario, et il est inhumé dans le cimetière de Pefferlaw, Ontario. Ces exploits de guerre sont demeurés largement méconnus avant 2016 sauf pour les quelques survivants qui ont combattu à ses côtés.

Lectures complémentaires

Photos

En Allemagne, en avril 1945, un groupe du Lake Superior Regiment montre le drapeau ennemi qu'ils ont capturé. (Alexander Stirton / Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-167250) Source

Un monument de bronze et de granit dévoilé le 17 septembre 2016 devant les bureaux de la Légion royale canadienne situés à Chapleau commémore la mémoire de Charles Henry Byce, le soldat autochtone le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale. Ce monument est l’œuvre de Tyler Fauvelle, un sculpteur de Sudbury. Roger Chum, président de l’Ontario Native Education Counselling Association, s’était fortement impliqué dans le projet, ainsi que la Première Nation des Cris de Chapleau, la Légion royale canadienne et le canton de Chapleau. Source

Notice biographique
Nom et prénom Byce, Charles Henry
Nation Cree
Lieu de bande Moose Factory - James Bay, ON
Date de naissance 1917-01-01
Lieu de naissance Chapleau, ON
Notes biographiques Byce was the son of Henry Byce and Louisa Byce (nee Saylors) Henry Byce had fought in WWI and earned two medals: The DCM plus France's Medaille militaire. Henry was non-native, while Louisa was a Cree from Moose Factory, ON. Cf. https://www.veterans.gc.ca/public/pages/remembrance/those-who-served/aboriginal-veterans/native-soldiers/natives_e.pdf
Conflit WWII
Unité du CEC Lake Superior (Motor) Regiment
Grade militaire Sergeant
Décorations décernées (MM) (DCM)
Notes sur la décoration Byce was one of only 162 Canadians to earn the DCM. Cf. https://www.veterans.gc.ca/public/pages/remembrance/those-who-served/aboriginal-veterans/native-soldiers/natives_e.pdf
Autres liens https://www.veterans.gc.ca/public/pages/remembrance/those-who-served/aboriginal-veterans/native-soldiers/natives_e.pdf
Photo https://www.veterans.gc.ca/public/pages/remembrance/those-who-served/aboriginal-veterans/native-soldiers/natives_e.pdf
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